Fermeture du service de gynécologie obstétrique du CHU de Treichville : Plus de 4 ans de souffrances inutiles





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Le service de gynécologie du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Treichville (Sud d’Abidjan) est fermé depuis plus de quatre ans, officiellement pour réhabilitation. Si l’objet de cette fermeture est salutaire, c’est la durée de cette action de réhabilitation qui surprend plus d’une personne et qui révolte certains acteurs du système sanitaire ivoirien.

En effet, plusieurs personnes que nous avons rencontrées dans le cadre de notre enquête sur le sujet disent ne pas comprendre comment un CHU comme celui de Treichville soit privé de son service de gynécologie-obstétrique, composé de cinq unités que sont la salle d'accouchement, la réanimation, les urgences, le bloc opératoire et les services d'hospitalisation,  au nombre de deux (l’ancienne maternité et la clinique).

"C’est un danger pour la Côte d’Ivoire de fermer le service de gynécologique du CHU de Treichville pendant autant d’années. Dans la zone d’Abidjan-Sud, c’est le seul CHU vers lequel convergent toutes les femmes qui doivent accoucher et qui rencontrent des difficultés. Il est vrai qu’il y a un bloc opératoire à l’hôpital général de Port-Bouët. Mais là-bas, on ne retrouve pas tous les services qui sont au CHU", nous a confié avec amertume, Mme Traoré, que nous avons rencontré dans l’enceinte du centre hospitalier.

Dans le cadre de cet article, nous avons frappé à des portes pour avoir des informations officielles. Devant les esquives et autres rendez-vous manqués, nous sommes allés dans l’enceinte du CHU pour récolter des avis sur place. Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur, personne ne s’explique ces souffrances inutiles que les autorités ivoiriennes font endurer aux populations vulnérables qui n’ont pas les moyens de se rendre dans des cliniques privées pour recevoir des soins.

"La fermeture du service de gynécologie du CHU de Treichville est un drame…"

Un médecin, trouvé plus loin dans son bureau en pleine consultation, a ajouté qu’il est vrai qu’une unité de gynécologie reçoit des patientes pour des consultations prénatales tous les matins. Mais, soutient-il, elle ne saurait remplacer le service qui offre beaucoup plus de prestations tant aux parturientes, aux bébés, qu’aux étudiants qui ont besoin d’avoir des connaissances pratiques. Surtout avec la fermeture du CHU de Yopougon depuis le 1er novembre 2019 pour réhabilitation, celle du service de gynécologie du CHU de Treichville est un "drame". Car, nous révèle-t-il, il enregistre au bas mot, 2000 naissances par an. Sans oublier les autres prestations.

"Nous avons décrié et dénoncé la situation pendant plusieurs années, mais nos complaintes sont restées lettres mortes. Je continue de me demander dans quel pays nous sommes avec ces décisions qui n’émeuvent personne alors que les populations sont exposées à la mort", a décrié notre interlocuteur.

Un avis partagé par un usager qui, pour sa part, dit ne pas comprendre que des médecins des  autres hôpitaux, pourtant au fait de la fermeture de ce service continuaient de transférer des malades vers ce service.

A lire sur le même sujet: CHU de Treichville : Avoir des informations officielles sur les raisons d’une si longue fermeture du service de gynéco-obstétrique, le parcours du combattant

"C’est une fois sur place ici qu’on s’est entendu dire que le service est fermé et qu’on devait aller au CHU de Cocody. Tous ces détours qui sont des risques pour la femme qui doit accoucher. Une fois sur place au CHU de Cocody, c’était une autre galère. Les agents sont débordés mais impuissants. Ils font ce qu’ils peuvent", a-t-il révélé.

Certaines indiscrétions ont accusé le directeur du CHU de Treichville, Yao Etienne, et son Daaf d’avoir commis des malversations et d’avoir détourné les fonds à d’autres fins, alors que l’argent qui devait servir à la réhabilitation de ce pavillon composé d’un bloc d'hospitalisation, de la clinique maternité et d’un service de réanimation, avait été débloqué.

 La direction a-t-elle détourné les fonds de réhabilitation ?

Cependant, un article publié sur le site koaci.com,  en date du 2 octobre 2020, est venu battre en brèche cette affirmation. " La réhabilitation de la maternité y compris celle du service de gynécologie a commencé mais l’évaluation a été sous-estimée, donc il est toujours en cours de réalisation. Les moyens mis à disposition n’ont pas suffi. Il faut aussi noter que des travaux supplémentaires ont été faits. En ce qui concerne les rumeurs de détournements dont est accusé à tort le directeur général du CHU de Treichville, Yao Etienne, nous avons constaté que les faits ne sont pas établis. Car, selon le système de décaissement des fonds, un DG n’a aucun moyen pour détourner de l’argent. Les travaux réalisés ici au CHU de Treichville ont été faits sous l’actuel DG. Depuis sa nomination en 2015, il a donné un nouveau visage au CHU. Au regard des travaux réalisés au CHU, il est difficile de jeter l’opprobre sur lui … D’ailleurs, pour sa gestion rigoureuse et son sérieux dans le travail, Il a remporté le prix excellence 2018 du meilleur établissement sanitaire du pays. Donc c’est un administrateur qui doit plutôt être félicité et encouragé pour sa contribution significative au développement du pays", lit-on sur le site.

Ces appels de toutes parts au gouvernement ivoirien afin d’achever les travaux de réhabilitation de la maternité et du service de gynécologie du CHU de Treichville semblent avoir été entendus par le nouveau ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Pierre Demba, qui a donné des instructions pour que reprennent les travaux. Histoire de permettre aux femmes enceintes d’accoucher dans de bonnes conditions.

La réhabilitation a donc repris depuis quelques semaines. Et, de jour comme de nuit, les ouvriers travaillent sur tous les compartiments afin de livrer le Service de gynécologie-obstétrique, situé au cœur du CHU de Treichville.

Du rez-de-chaussée aux réserves, en passant par la salle d'accouchement, les salles d'observation, la salle de stérilisation, les bureaux de consultation, les salles d'eau et toilettes, le bloc d'hospitalisation, la maternité, les salles d'hospitalisation et la salle d'échographie, tout est presque prêt pour accueillir les populations.

Une autre visite que nous avons effectué sur le terrain, le lundi 23 août 2021, pour nous enquérir de l’évolution des travaux, nous a permis de constater que le parking et l’estrade sont à leur tour en train d’être parachevés.

"Le nouveau ministre de la santé, de l’hygiène publique et de la couverture maladie universelle, Pierre Demba a ordonné la reprise des travaux du service de gynécologie de notre CHU dès sa prise de fonction et nous sommes très heureux. Ce que nous voyons depuis quelques semaines est très loin de ce qui avait démarré ici il y a deux ou trois ans. Pour la restructuration annoncée, c’était plutôt  du bricolage et  du racolage que nous voyions. Heureusement que les choses n’ont pas continué. Sinon, c’est sûr que s’ils avaient été faits, actuellement, nous serions encore en train de parler d’une autre restructuration car les choses se seraient déjà dégradées à nouveau. Je salue la vision du ministre qui est en train de nous donner un service de gynécologie digne du CHU de Treichville", nous a confié, un médecin, sous le couvert de l’anonymat.

Pour rappel, le CHU de Treichville, bâti sur une superficie de 42 ha, a ouvert ses portes en 1938. Il fût érigé en établissement public à caractère industriel et commercial par le décret n° 44- 763 du 06 /06/84. 

Il comprend 684 lits. Ce centre hospitalier est chargé d’assurer les soins d'urgence, les examens de diagnostics, les consultations, les traitements et l'hospitalisation des malades, de participer aux actions de médecine préventive, de participer à l'enseignement universitaire médical, pharmaceutique et odontologique et de contribuer à la formation paramédicale et à la recherche.

 Solange ARALAMON

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